Le Dr Hugues Lefort est médecin urgentiste militaire, médecin chef du 4ème groupement des appuis et de secours de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Il était le médecin de l’une des 21 équipes de la BSPP ayant participé, à l’avant, à la prise en charge des blessés lors des attentats de Paris le vendredi 13 novembre 2015.

Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement et la coordination des urgences en France ?

Le système français est très formalisé. La coordination des urgences au niveau d’un centre de réception et de régulation des appels (CRRA ou centre 15) doit répondre à une demande très large et instantanée. L’expérience montre que la robustesse d’un CRRA doit passer par des stations fixes dans un lieu commun : stabilité et fiabilité des transmissions, coordination et régulation globale des moyens. Le régulateur est ainsi le point de rencontre entre les équipes préhospitalières et les hôpitaux de destination des patients.

Notre modèle de gestion des appels en France, et particulièrement à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, permet d’anticiper et d’absorber une montée en puissance ponctuelle ou sur la durée. Nous concentrons un grand nombre de compétences techniques, certaines peu utilisées (menaces chimique, radiologique ou biologique, sauvetage-déblaiement, plongeur, risque animalier), immédiatement disponibles. Nous l’avons montré à plusieurs reprises, notamment en 2015 lors des attentats ayant touché Paris.

Quelle est la place du smartphone dans cette coordination ?

Sur le terrain, les équipes pré hospitalières possèdent deux types de communication : la radio Antares (Adaptation Nationale des Transmissions Aux Risques Et aux Secours) embarquée dans chaque engin mais aussi portative, ainsi qu’un smartphone. Ce doublon de systèmes permet de palier le plus souvent aux aléas des réseaux télécom, tant la communication avec le CRRA est fondamentale pour anticiper le parcours de soin idéal du patient. Le smartphone permet de donner les éléments que le régulateur possède au transporteur afin qu’il puisse anticiper au mieux sa prise en charge. Si on sait sur quoi on part, on ne sait pas sur quoi on arrive, tant l’urgence vitale est susceptible d’évoluer réellement, mais aussi suivant l’idée qu’en a la personne nous ayant déclenchés.

Le smartphone apporte un grand confort pour transmettre son bilan au CRRA, parfois en conférence à trois avec le médecin du service hospitalier receveur. Lors d’évènements impliquant de nombreuses victimes, ou majeurs (feux, etc.), le smartphone permet une régulation des évacuations directement sur le terrain par un régulateur du CRRA dépêché sur place. Cela permet au CRRA de poursuivre sa mission de secours à personne courante.

L’outil multimédia qu’offre le smartphone permet de transmettre une photo d’ambiance, une situation médicale (tel un électrocardiogramme, une plaie complexe, etc.) évitant ainsi un long discours. Enfin, c’est un outil léger qui permet de visualiser du texte (protocoles de service), voir des vidéos en cas de doute par exemple.

Que pensez-vous de l’usage des applications mobiles dédiées à l’urgence ?

Je rejoins globalement les avis déjà partagés sur MedPics. Il y a les applications d’aide au quotidien : « les bretelles électroniques » comme les calculs de doses, de scores, la relecture rapide de protocoles améliorant la pertinence du bilan, de l’examen, de la thérapeutique et pour l’orientation du patient, pour en citer deux particulièrement en médecine d’urgence : « SMUR BMPM » et « Urgences1Clic ». C’est aussi l’appli « Urgence bilan » que nous avons créée pour les secouristes permettant d’augmenter la pertinence de leurs bilans sur la fiche d’observation, entre eux, au téléphone, à un infirmier d’accueil et lorsqu’ils transmettent le patient à un autre infirmier d’accueil ou à un médecin.

D’autres permettent le suivi des patients, telles les applications pour la prise en charge des plaies chroniques avec une systématisation de la photo, idéale pour voir l’évolution de la plaie et demander conseil à un réseau de praticiens référents à distance. Applications aussi qui mettent en relation les soignants pour partager les connaissances comme MedPics. Le caractère instantané favorise l’échange, l’émulsion intellectuelle régulière et parfois la recherche autour d’un cas… parfois des rencontres inattendues.

Au-delà de l’urgence à proprement parler, le smartphone et les applis comme MedPics peuvent-elles permettent de transmettre un savoir ?

Bien entendu, la liberté qu’offrent les applis en ligne et collaboratives permet des mises en relation rapide des acteurs médicaux et paramédicaux sur les sujets qui les intéressent. L’échange de compétences au travers de réseaux structurés et fiabilisés est fondamental. On revient aux principes à l’origine d’Internet ! Les leaders transversaux sont des applis comme LinkedIn, ou encore Researchgate et Academia qui permettent de partager ses travaux avec la communauté et de réagir.

MedPics est un système encore plus simple, sans prise de tête avec un engagement minimum, que l’on ouvre lorsque l’on peut et qui est disponible immédiatement. La force de ce type d’application est la taille de la communauté avec des superviseurs par domaine de spécialité, un peu geeks et surtout très passionnés qui permettent de réguler les réflexions des utilisateurs.

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