Guillaume Marchand est psychiatre et expert en santé mobile et connectée.
Il est aujourd’hui président de dmd Santé, start-up qui porte le label collaboratif « mHealth Quality », qui certifie la qualité des applications mobiles et objets connectés en santé.

Il est aussi le président et co-fondateur de l’association France eHealthTech, qui fédère plus de 130 start-ups de e-santé Française, dans un but synergique en France comme à l’international.

Pour vous, c’est quoi la santé de demain ?

La santé de demain, c’est un parcours clair et simple pour les patients et leurs données de santé. Les patients atteints de pathologies chroniques sont parfois perdus face aux articulations des différents professionnels de santé, et passent beaucoup de temps à répéter ce qu’ils ont déjà expliqué auparavant.
Les prises en charge doivent se fluidifier entre la ville et l’hôpital, les différents professionnels de santé, et entre la prévention et le curatif.
Un meilleur équipement informatique, surtout dans les hôpitaux, et une meilleure interopérabilité des systèmes sont indispensables pour remettre du temps humain dans le soin.

Quelles sont les grandes tendances à venir en matière d’e-santé du côté des professionnels de santé ?

Je pense qu’il y a deux grandes tendances à venir en matière de e-santé.
La première est l’interopérabilité comme cité à l’instant : le fait, donc, que les outils « parlent tous le même langage », et que l’on connecte tous ces systèmes ensemble pour créer plus de valeur et traiter les données de manière plus intéressante. Car aujourd’hui l’informatique médical est une grande tour de Babel.
La deuxième chose c’est l’automatisation, car notre métier reste en partie basé sur des arbres décisionnels.
Ça ne veut pas dire que demain il n’y aura plus de psychiatre, de chirurgien ou de dermatologue, mais globalement, la plupart des diagnostics de routine (clinique, biologique ou d’imagerie) peuvent être automatisé. On le voit avec le deep learning en dermatologie ou radiologie, où de puissants systèmes traitent mieux et plus vite les cas de mélanomes après que l’on leur en ait montré quelques centaines. Mais personne n’a envie d’apprendre le diagnostic de sa lésion cutanée sur un écran, le rôle du médecin sera demain de contextualiser cela et d’accompagner.

MedPics fait-elle partie de ce schéma ?

Plutôt que d’envoyer des images par sms à quelques confrères, mieux vaut les envoyer à une communauté. Ceci répond à un enjeu qui est très fort, celui de la formation continue, qui doit être optimisée en plus de la formation initiale.
MedPics pour moi, c’est donc un anti-routine.

Comment voyez-vous les échanges de demain entre professionnels de santé ? Par exemple, les Réunion de Confrontations Pluridisciplinaires (RPC) seront-elles dématérialisées ?

Concrètement aujourd’hui, d’après moi, le smartphone est autant un outil personnel que professionnel, parce qu’il permettra toujours d’aller plus vite que les logiciels que l’on trouve à l’hôpital où dans les cabinets. C’est ce qu’on appelle le BYOD — Bring Your Own Device* (*apporte tes propres outils). Les hôpitaux de demain proposeront à leurs personnels des applications auxquelles ils auront accès sur leurs propres smartphones. Je pense que l’on sera témoin d’une fusion des interfaces et que toutes les applis, comme MedPics, se retrouveront dans notre téléphone. Pour contrer le problème d’intrusion dans la vie privée et de responsabilité en cas de non réponse, nous pouvons imaginer des boutons off professionnels, à la manière de messageries telle que Slack.
Concernant les RCP, elles se dématérialisent déjà parfois avec la télémédecine puisque l’on dispose de télé-expertise, etc.
Personnellement, je crois beaucoup en l’algorithmique et l’intelligence artificielle. Je pense donc que l’on va assister à des RCP de plus en plus automatisées, dont les décisions seront assistées, sinon prise à terme, par des logiciels.

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