Christine Balagué est titulaire de la Chaire “Réseaux sociaux et objets connectés” à TEM-Institut Mines-Télécom, elle est également Vice-Présidente du Conseil National du Numérique pour lequel elle a participé aux différents travaux remis au gouvernement français sur les grandes questions du numérique. Ses recherches portent sur le comportement des internautes en réseaux, et aujourd’hui sur les nouveaux réseaux d’humains et d’objets connectés.

Qu’est-ce que les réseaux sociaux apportent dans le milieu professionnel selon vous ?

Je distingue plusieurs niveaux de réseaux sociaux.

Le premier type, le plus connu et le plus médiatique, correspond aux réseaux sociaux publics comme Facebook et Twitter. Au-delà de leurs usages habituels, ils permettent également aux professionnels, dont les médecins, d’échanger des informations, en privé ou via des groupes. Ces réseaux permettent également d’être dans ce que j’appelle « la gestion de la relation client ». On voit émerger de nombreux hôpitaux qui proposent une amélioration de leurs services par exemple.

Il y a ensuite les réseaux sociaux propres à la santé et qui permettent aux professionnels ou aux patients d’être entre eux. Ils sont intéressants car ils permettent d’échanger des informations importantes, pour les professionnels : des bonnes pratiques ou des connaissances, pour les patients, être accompagné dans leur pathologie et échanger sur leur vécu.

La 3ème forme de réseau social renvoie aux réseaux de nouveaux services, à savoir la mise en relation entre médecins, ou la mutualisation de services. Ils changent réellement la manière dont le médecin travaille, avec la prise de rendez-vous par exemple ou l’accompagnement du patient en dehors de la consultation.

En quoi la notion de partage prend-elle tout son sens dans le numérique ?

Tous les métiers évoluent, dans les connaissances et les techniques. Les réseaux sociaux permettent de se tenir au courant, d’échanger des bonnes pratiques. L’intelligence collective aide à devenir meilleur, elle pousse à échanger en permanence, à partager avec ses pairs.

On a également un accès facilité à l’information de sa profession, aux colloques. Cela permet tout simplement de monter en compétence ! Un médecin qui a été formé il y a 30 ans a gagné en expérience : il peut échanger et partager son vécu, mais il aura également tout intérêt à rester en veille sur les nouvelles pratiques.

Si je vous dis crowdsourcing, qu’est-ce que cela vous évoque dans le secteur de la santé ?

Je pense spontanément à Salvatore Iaconesi : ce patient italien a eu une tumeur au cerveau, les médecins lui prédisaient alors 3 mois de vie. Il s’est alors saisi de son dossier médical et a créé un projet, La Cura, qui s’est transformé en crowdsourcing. Il a laissé un appel : « quelles sont les meilleures idées, que dois-je faire face à ce diagnostic ? ». Il a reçu plus de 500 000 contributions en un an, des médecins sont notamment rentrés dans la conversation en faisant des suggestions, en débattant entre eux puis avec d’autres praticiens de tous pays. Cela lui a permis d’être acteur de sa maladie et surtout de son protocole de soins, alors qu’il semblait condamné. Cet exemple est à prendre avec recul, mais c’est une bonne illustration du pouvoir de l’intelligence collective.

Vous venez de lancer une chaire « Réseaux sociaux et objets connectés » à l’Institut Mines-Télécom, pouvez-vous nous en dire plus ?

Là encore, l’intelligence collective a toute sa place : les objets connectés sont nombreux, des données sont captées, mais nous voulons aller plus loin : quels services seront utiles pour résoudre les problèmes des utilisateurs ? Les outils et la technique sont au point, il faut maintenant passer à l’étape supérieure, penser à l’intégration durable dans la vie quotidienne tout en visant le bien commun. Cela ne se fera qu’en y réfléchissant collectivement !

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