Dr Didier Mennecier, hépato-gastroentérologue et addictologue, est un précurseur dans la e-santé et la m-santé. Avec son site Hepatoweb.com créé en 2000, il est l’un des premiers à s’intéresser au rôle d’internet pour les praticiens et les patients.

Aujourd’hui Directeur du Centre de Traitement de l’Information Médicale des Armées, il exerce toujours une pratique clinique hospitalière et continue sa veille numérique avec son blog MédecinGeek.

Quel est selon vous l’apport des réseaux sociaux en santé ?

Aujourd’hui, on peut dire que les patients se sont emparés d’internet et des médias sociaux. Les praticiens, bien qu’ils les utilisent dans leur vie personnelle, n’ont pas passé le pas dans leur pratique professionnelle. Il existe un vrai décalage entre l’usage des uns, très actifs et celui des autres, quasi-inexistant.

Sur Facebook d’abord, de nombreux groupes communautaires de malades chroniques existent (diabète, sclérose en plaque, spondylarthrite, …). Très peu sont connus, fréquentés et encore moins conseillés par les médecins à leurs patients. Les professionnels de santé sont souvent très méfiants vis-à-vis de ces espaces. Pourtant, ils sont complémentaires de l’apport médical : les patients y trouvent du réconfort dans les moments difficiles et des informations sur le vécu de la maladie (cf cette étude menée sur les MICI — Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin). De plus, les patients restent très critiques vis-à-vis de ce qu’ils lisent sur internet. Ils n’absorbent pas tout à 100% et interrogent souvent leur médecin pour vérifier l’information. Néanmoins, ils ont souvent des difficultés à échanger sur ce sujet avec leur praticien, qui va souvent les freiner sur ce terrain.

Les praticiens sont en retard donc. Pourtant, internet peut les aider dans leur exercice selon vous ?

Je suis persuadé que les pratiques des médecins vont se numériser : on aura de plus en plus de possibilités collaboratives, de partage en temps réel. MedPics est pour moi la première pierre à l’édifice. C’est une forme de formation médicale continue ! Le fait d’être en rapport avec d’autres pairs, ça ne peut être que bénéfique.

Le futur : c’est une interface par spécialité. L’idée de pouvoir être mis en relation avec d’autres spécialistes me paraît excellente. Chaque spécialité aura sa propre interface entre pairs et cela boostera énormément le collaboratif. Dans ma spécialité par exemple, MedPics peut me servir si je vois quelque chose d’étonnant pour une hépatite virale.

Comment envisagez-vous le futur ?

MedPics pourrait finalement être une extension des réunions de concertation pluridsciplinaires (RCP). On y arrive de plus en plus dans toutes les spécialités : on est dans du collaboratif. Avoir des solutions de RCP par spécialité par smartphone, dans un espace ultra sécurisé me semble être une excellente idée. Cela se fait déjà un peu par internet chez nous en hépatologie avec le club de réflexion des cabinets et groupes d’Hépato-Gastroentérologie (CREGG) : les dossiers de patient sont envoyés par internet et une visioconférence est organisée pour réunir les médecins.

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