Jérôme BERANGER est chercheur associé PhD (à l’Inserm, à l’Université Paul Sabatier de Toulouse) et co-fondateur et CSO de ADEL (Algorithm Data Ethics Label).

Pouvez-vous nous donner une définition simple des Big Data ?

Le terme Big Data peut se traduire en français par « grosses données » ou « méga données ».

A l’origine, il y a la matière de base : la donnée en tant que telle. Cette data provenant des différents supports que sont Internet, les systèmes d’informations, les capteurs RFIF ou les Smartphones et s’exprime selon différentes formes de plus en plus complexes via les vidéos, les forums de discussion, les réseaux sociaux, les messageries, les bases de données, etc.

Et quels sont les enjeux liés à ces « grosses données » ?

A mon sens, le terme de Big Data désigne plus globalement une nouvelle discipline qui se situe au croisement de plusieurs secteurs tels que les technologies, les statistiques, les bases de données et les métiers (marketing, finance, santé, administration, sciences humaines, écologie, politique, juridique, etc.).

En quoi les Big Data doivent intéresser les professionnels de santé ?

Les Big Data apparaissent aujourd’hui comme un moyen à la fois d’optimiser les processus et de participer au diagnostic et à la dispensation des soins. Elles entraîneront de toute évidence une métamorphose, non seulement du système de santé tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais encore de la médecine.

De quelle métamorphose parlez-vous ?

Cette nouvelle masse de données inédite crée de nouveaux savoirs. Cela modifie le paradigme même de la donnée de santé, dont la valeur réside dans le partage et la mutualisation. Les usages les mieux connus en santé relèvent de la personnalisation de la relation médecin-patient.

Par ailleurs, les connaissances algorithmiques ont également progressé, permettant l’interrogation et la structuration plus rapide des bases de données. D’une médecine chimique et post-traumatique, nous passons progressivement vers une médecine préventive et personnalisée. Aujourd’hui, les objets connectés, les capteurs, et les smartphones renforcent l’observance et réduisent l’inertie thérapeutique pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

Enfin, cette médecine connectée apporte une meilleure compréhension tant sur des maladies infectieuses que sur des maladies chroniques à l’échelle d’une population. Je pense notamment aux approches innovantes pour le diagnostic et le traitement des patients, l’amélioration de la recherche sur les pathologies et leurs thérapeutiques, ainsi que l’optimisation de la surveillance des maladies et des facteurs de risque.

On peut donner l’exemple de l’extended nervous system, capable de détecter les premiers signes de la maladie et d’effectuer une médecine adaptée (just-in-time medicine).

Désormais, nous rentrons dans l’ère de la médecine dite « 4.0 » s’appuyant sur les Big Data, les algorithmes et les systèmes experts afin de tendre vers une médecine plus individualisée, personnalisée et prédictive.