Denise Silber est diplômée en sciences politiques et titulaire du MBA de Harvard. Elle a exercé dans l’industrie pharmaceutique avant de s’intéresser à la e-santé, comme outil de l’amélioration de la qualité des soins. C’est une pionnière et spécialiste du web médical, et une des rares citoyens américains à avoir reçu les insignes de la Légion d’honneur. Aujourd’hui, consultante e-santé et “influenceure”des médias sociaux, elle organise notamment le congrès Doctors 2.0 qui réunit chaque année à Paris des spécialistes de la santé connectée, venus du monde entier.

Si l’on vous dit médias sociaux et professionnels de santé français, à quoi pensez-vous ?

En France, la majorité des professionnels de santé ne sont pas sur les réseaux sociaux à titre professionnel. Cela est dû à plusieurs facteurs : le manque de temps, l’âge moyen relativement élevé, l’inquiétude que suscite internet en termes de responsabilité juridique, et enfin leurs habitudes d’interroger les confrères par d’autres moyens. Concernant leurs patients, ils pensent que l’explication donnée au cours d’une consultation suffit et que les réseaux sociaux sont dangereux.

Les professionnels de santé sont-ils vraiment réfractaires aux usages numériques ?

Pas du tout. Ils ont évidemment participé aux différentes étapes du développement d’internet avec les mailing listes, les forums… L’arrivée de l’iPhone, très présent chez les médecins notamment, a également modifié les usages. Ils viennent progressivement aux réseaux sociaux, je pense notamment à Facebook, avec beaucoup de groupes privés où ils peuvent échanger, et secondairement à LinkedIn pour se faire connaître. Quant à Twitter, il y a beaucoup de comptes abandonnés et l’usage du pseudo fait débat… Dans tous les cas, la possibilité d’interroger un autre professionnel de santé pour affiner son diagnostic et ses connaissances plus généralement les intéresserait, si l’outil était ergonomique, simple, sécurisé.

Et le crowdsourcing en santé ?

J’ai déjà vu des initiatives internationales venant d’Espagne, comme medting qui a été lancé il y a 7 ans, pour le partage d’images cliniques. De même InsightMedi qui a été lancé au concours de start-up à Doctors 2.0 l’an dernier. Aux Etats-Unis Sermo et Doximity proposent du crowdsourcing avec et sans image. Les médecins américains ont davantage l’habitude de participer à des réseaux sociaux professionnels.

Comment voyez-vous l’avenir sur ces sujets ?

Jusqu’ici, il n’y a pas eu une application française dédiée au partage d’images cliniques.

A mon sens, MedPics est arrivé au bon moment car les mentalités ont évolué quant à l’intérêt de la concertation et pourquoi pas une concertation pluridisciplinaire. Sa spécificité réside bien dans son ouverture à l’ensemble des professionnels de santé : qui sait, il deviendra peut-être ce réseau social global dont je parlais.