Le Dr. Cécile Monteil exerce aux urgences pédiatriques de l’hôpital Robert Debré. Profil atypique, elle est aussi fondatrice de la communauté Facebook “ Eppocrate ”, qui a pour but d’éveiller la communauté médicale à l’apport des nouvelles technologies et du digital en médecine, ainsi que bloggeuse et animatrice de la web série Zapp’du Doc.

Pour vous qui êtes médecin, quel est l’apport des réseaux sociaux en santé dans la pratique des professionnels de santé ?

Cela nous ouvre de nouveaux canaux de communication et nous permet de nous connecter au reste du monde, ce qui est tout à fait bienvenu !

Qui dit réseaux sociaux dit accès à des informations sur tout un tas de sujets auxquels les médecins n’ont pas facilement accès, et également possibilité de diffusion facilitée. C’est exactement l’objectif d’Eppocrate. La esanté n’est pas au programme de la formation initiale ou continue des médecins, et encore peu représentée dans la littérature. L’information leur arrive alors via les médias grand public, où elle est le plus souvent partielle voire erronée. Pas facile alors de s’y retrouver !

Les réseaux sociaux permettent aussi de rompre l’isolement de la pratique. MedPics est souvent plus rapide et aussi performant qu’écrire une lettre au spécialiste sur un bout d’ordonnance pour obtenir une sommaire réponse 3 mois plus tard ! Sur Eppocrate, les médecins peuvent discuter avec le reste de l’écosystème esanté (ingénieurs, designers, start-uppers, etc.). Le réseautage dépassant rarement notre propre métier, ce sont des profils que l’on ne rencontre jamais. Pourtant, c’est en travaillant de façon collaborative que la médecine de demain sera vraiment performante !

Quelles applications vous semblent importantes et pluridisciplinaires ? Utilisez-vous MedPics ?

Oui, bien sûr ! Je l’utilise depuis début 2015. J’y poste de temps en temps des cas cliniques que je vois aux urgences pédiatriques de l’hôpital Robert Debré, où je travaille, mais j’y vais aussi régulièrement “juste pour voir”. À chaque fois, je suis assurée d’y apprendre quelque chose de nouveau !

Les autres applications que j’utilise sont des calculateurs de scores, une application type Vidal et les applications qui reçoivent les données des objets connectés que je possède.

Les bonnes applications sont celles qui vous font gagner en temps, en efficacité ou en compétence dans la pratique. Chercher une posologie sur une application type Vidal est plus rapide que d’aller chercher la même information dans un bouquin ou sur Intranet, tout comme visualiser de façon claire et concise les données de glycémie grâce à un glucomètre connecté n’a rien à voir avec effeuiller un carnet de glycémie papier taché de ketchup et mal rempli !

Je recommande également à mes patients certaines applications qu’ils peuvent utiliser pour eux ou leurs enfants.

On lit souvent que les praticiens sont en retard quant à l’utilisation des nouvelles technologies dans leur pratique. Qu’en pensez-vous et comment envisagez-vous le futur ?

Aujourd’hui, les médecins n’ont pas accès à l’information concernant les nouvelles technologies, ou sont mal informés. On ne peut pas intégrer ce que l’on ne connaît pas, il va falloir que l’éducation médicale intègre cet enseignement !

Les médecins attendent aussi des preuves concrètes des nouvelles technologies. Il y a encore trop peu d’études sur les applications et les objets connectés qui montrent leur bénéfice clinique. C’est un peu normal car nous ne sommes encore qu’aux débuts de la e-santé finalement. Mais pour recommander et prescrire un objet connecté à nos patients, il faut que l’on sache si celui-ci est parfaitement fiable, et nous le ferons d’autant plus facilement quand la littérature nous montrera que, par exemple, nos patients ayant un tensiomètre connecté ont une tension mieux équilibrée, vivent mieux ou plus longtemps que nos patients « non connectés » !

L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence. Il faut s’engager dans cette révolution digitale, mais aussi savoir laisser le temps au temps pour ne pas faire n’importe quoi avec ces outils.

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