Entretien avec l'infirmier Moïse

La blouse contre le malabar humanitaire à Madagascar dans la montagne


Entretien avec Moïse infirmier à la retraite à Madagascar

Comment as-tu entendu parler de MedPics ?

Vraiment par hasard ! Je suis à la retraite effective depuis mon retour au pays en mai 2017. Je suis resté quelque temps sans activité, à proprement parler, juste l’aller-retour entre Antananarivo et notre village à une heure de la Capitale où nous avons créé une école de brousse dans notre grande maison de 14 pièces. Qui a parlé de retraite « peinarde » ? Ici, on est très actif, réalité du terrain oblige ! Obligé de reprendre la blouse d’infirmier humanitaire à Madagascar.

Puis, au hasard de mes navigations sur le web, j’ai lu sur un blog une présentation de MedPics en tant que messagerie innovante et instantanée, à l’instar de Facebook + Instagram réunis mais pour les professionnels de santé et complètement sécurisée (respectant les codes de déontologie médicale).

Et tu repasses dans le village. Parles-nous un peu des problématiques que tu rencontres sur le terrain.

Au départ, nous avions destiné la maison comme « camp de base » pour faire du « tourisme alternatif » ou du « voyage interactif », il parait qu’on dit aujourd’hui « tourisme solidaire ». Dans mon jeune temps, j’étais guide accompagnateur et j’avais même créé une association qui s’appelait « Association Vahiny Madagascar ou le voyage interactif ». Mais devant l’insistance de la population locale, nous étions « « obligés » de créer une école primaire pour 50 élèves. Cette année, à la rentrée 2017/2018, nous avions comptabilisé 70 élèves et ouvert une classe de sixième. Mes enfants dirigent l’école avec une équipe pédagogique d’une moyenne d’âge de …24 ans, toutes des filles et jeunes mamans.

Pour répondre directement à votre question, le projet initial avait prévu d’ouvrir un mini dispensaire ou poste de premiers soins pour répondre aux premières urgences de la vie quotidienne sans pour autant concurrencer les dispensaires ou les centres de santé de base (CSB). Nous voulons travailler en complémentarité avec l’existant.

Justement, quelles sont vos urgences ?

Voici les urgences que nous avons eu à gérer depuis que nous sommes sur place :

  • Enucléation et éviscération de l’œil : ça vous arrive d’un coup à deux heures du matin. Un jeu qui s’est mal terminé dans un couple. Il a fallu gérer.
  • Une occlusion d’une semaine (qui est une urgence chirurgicale, je crois !) chez un jeune homme de 25 ans : on a géré à l’ancienne. Des détails ?
  • Des crises d’épilepsie à répétition
  • Les fortes fièvres et autres déshydratations
  • Des prescriptions de piqures de toutes sortes avec des seringues périmées vendues à l’épicerie du grand village. Elles ont été importées par des ONG et revendues sur le marché local.
  • Des macérations de plaies sur des jambes : les villageois vont quand même labourer sans autre protection et la plaie dure des mois.
  • Des plaies ouvertes qu’il faut compresser et nous n’avons pas le matériel ni le local ni le temps de suivre les gens après.

Je ne comptabilise pas les multiples conseils en nutrition ou remèdes contre les insuffisances respiratoires en hiver quand la poussière rouge fine pénètre au plus profond des poumons.

Bref, j’ai rendu ma blouse pour prendre le malabar, habit traditionnel dans les Hauts Plateaux et même ailleurs.

Est-ce que tu as été formé pour ces urgences ?

OUI ET NON. Je travaillais au sein de l’hôpital, je n’étais pas formé pour « la médecine de brousse » ni la « médecine tropicale ». En 35 ans, j’ai dû suivre 4 formations, dont une en informatique et en langage des signes. Mais j’ai toujours su que face à une urgence, on n’a pas le droit de ne pas savoir comment agir, je me suis toujours formé par mes propres moyens et par mes propres finances. C’est ainsi que je me suis mis à jour régulièrement aux « premiers secours de la Croix Rouge » sur mon temps personnel. Et ici, à Madagascar, j’ai déjà contacté la Croix Rouge, lorsqu’ils ont fait leur journée d’information en septembre 2017 devant l’Hôtel de Ville d’Antananarivo : pour qu’ils viennent sur le terrain former les villageois aux gestes de premiers secours.

Penses-tu que MedPics peut t’apporter quelque chose ?

Très bonne et pertinente question. Si j’ai bien compris, et j’ai déjà installé l’application mobile sur mon smartphone, on peut l’utiliser partout et communiquer via la messagerie instantanée.

Quel rapport avec ton village et ton « dispensaire » ?

Oui, là où nous sommes, rien n’existe, nous sommes dans un lieu enclavé qui est en blanc sur les cartes. Mais grâce aux nouvelles technologies, nous pouvons connecter nos téléphones : « nous avons du réseau ». Donc, je peux utiliser MedPics en cas d’urgence absolue. Mais ne rêvons pas, nous n’attendons pas le SAMU ni un hypothétique hélicoptère. Nous faisons KO LANTA tous les jours sans assistance médicale. Pas de reloaded, comme j’ai l’habitude de dire. J’espère ne jamais avoir à utiliser cette éventualité, mais potentiellement, nous avons désormais cette aide précieuse totalement inattendue.

Quelles seraient ta conclusion et tes attentes ?

Nous ne pouvons pas subvenir à toutes les urgences, mais de manière pragmatique, nous y faisons face par la force des choses. Quand j’étais en poste, j’appréciais particulièrement la venue des nouveaux diplômés, je leur demandais de me « former » aux nouvelles techniques qu’ils venaient d’acquérir. Cela permettait de travailler tout en respectant les dernières techniques et règles d’hygiène. Je conclurai en encourageant les professionnels à se former en permanence par tous les moyens, surtout les E-learning. Notamment quand vous vivez dans les agglomérations modernes avec le « haut débit » voire la fibre optique.

Je viens de recevoir une information  sur des temps de formation « DPC, Développement professionnel Continu » pour des sessions autour des plaies justement. Aujourd’hui, tout professionnel de santé doit se former obligatoirement sur un programme de 3 ans. De mon temps, comme on dit en vieux routard, la formation continue, c’était au bon vouloir des « services formation des hôpitaux » selon la règle du « copinage ». OUI, même à la retraite et en malabar, j’aurais bien besoin d’une bonne formation pratique aux plaies, aux urgences et aux maladies tropicales. Alors, si vous en avez le temps, venez passer 15 jours et montez avec moi ce poste de soins primaires. Vous serez les bienvenus. Moïse LAMARRE (tinomoise@gmail.com) Et vous me trouverez sur les réseaux sociaux comme Linkedn ou sur le site web de notre association « LOHARANOSOA ASA FA TSY KABARY » (traduction : la source de prospérité et la devise le travail mais pas le discours)

www.itasy.org

*Le malabar est un habit long ou semi-long pour les hommes, très porté dans l’hémisphère sud, dans le bassin de l’Océan Indien et en Asie. Les paysans malgaches le portent volontiers, surtout pour les jours de fêtes ou de marché.

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